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Le Brassband NPDC à Rotterdam

EBBC, Rotterdam 2012 : Le récit du week end

jeudi 10 mai 2012 , par Adam Prominski  
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Deux ans après le Championnat d’Europe à Linz, après trois titres consécutifs de Champion de France, le Brass Band Nord-Pas de Calais repart à la conquête des sommets européens. Le Concours des meilleurs brass d’Europe fait escale cette année à Rotterdam, au De Doelen main concert hall.

Crédits photos  : Adam PROMINSKI, Brass Band Nord-­Pas-de-Calais.

Le brass BAND NORD-Pas de CALAIS AU CHAMPIONNAT EUROPEEN DE Rotterdam

Pour cette nouvelle édition, les meilleurs brass d’Europe se sont donné rendez-vous :
le Manger Musikklag (le Champion d’Europe en titre, vainqueur à Montreux en 2011),
le Brass Band Oberösterreich (Autriche),
le Noord Limburgse Brass Band (Belgique),
le Lyngby Taarbaek (Danemark),
le fameux Black Dyke Band (Angleterre),
notre Brass Band Nord-Pas de Calais (France),
le Brass Band Schoonhoven (Pays-Bas),
l’Eikanger-Bjorsvik Musikklag (Norvège),
le Cooperative Funeralcare Band (Ecosse),
l’Ensemble de Cuivres Valaisan (Suisse),
et le flamboyant Cory Band (Pays de Galles).

Le BB NPDC retrouve donc sur son chemin les plus prestigieuses formations, dont certaines déjà rencontrées à Linz en 2010 : le Black Dyke, le Cory, l’Oberösterreich qui s’étaient d’ailleurs partagé les plus hautes marches du podium. A l’époque, nous avions terminé à la 8ème place, place la plus haute et avec le meilleur nombre de points marqués par un brass français. Souvenirs, souvenirs…

Aujourd’hui, l’objectif, au-delà d’une place au Championnat européen, est surtout de mesurer l’ensemble du chemin parcouru depuis deux années, les progrès effectués et la maturité gagnée par notre formation. Car du haut de ses 20 ans, le BB NPDC reste un « petit jeune » face aux légendaires formations anglo-saxonnes qui comptent plus d’un siècle d’histoire et de titres. C’est presque un remake de David contre Goliath, mais c’est aussi un travail de pionnier pour l’ensemble de la tradition brass en Nord-Pas de Calais et plus généralement, en France.

Le mouvement brass est récent et reste encore parfois méconnu chez nous. On confond souvent harmonies, brass, orchestres. Petit retour en arrière…

Le brass band est une formation musicale née dans les foyers industriels et miniers de Grande-Bretagne. Les mineurs trouvaient là une forme d’expression artistique qui leur permettait de défendre les couleurs de leur mine, de leur siège d’exploitation. Les brass constituent un symbole fort d’appartenance au territoire, le musicien faisant partie intégrale de sa formation, mais aussi de sa mine et de sa cité. Il convient donc de considérer les brass comme de véritables vecteurs identitaires. Pour beaucoup d’ouvriers, la participation à l’orchestre constitue un moment de détente après des journées harassantes passées au fond de la mine. Composé de cuivres et de percussions exclusivement, la formation brass obéit à des codes très stricts, que ce soit par la disposition des musiciens, leur nombre, le type d’instruments présents ou la façon de jouer. Le film « Les Virtuoses » de Mark Hermann a permis de populariser le mouvement brass en France.

Jeudi 3 mai 2012, 14h30

C’est le grand jour ! Le bus est là, on charge les instruments, le pique-nique. Il ne manque personne, on peut y aller. Départ Oignies, destination Rotterdam. Philippe, le Directeur artistique prend le micro :

« Ca y est les gars, on y est, c’est parti. Je suis fier du chemin parcouru ensemble et du travail effectué. Et je suis convaincu qu’on va faire un très bon concours. Il faut rester sérieux et éviter de trop se lâcher avant l’échéance pour faire une bonne prestation et notamment dès demain, c’est important ! »

Le ton est donné. Mais c’est aussi l’heure du pique-nique. Les bouchons sautent, le pâté et les rillettes parfument le bus, le désormais traditionnel filet américain se faufile entre les sièges, un peu de vin, de bière… On rigole, on plaisante, l’ambiance est décontractée. C’est aussi ça le brass Nord-Pas de Calais, l’esprit de partage et de camaraderie. C’est sa marque de fabrique et c’est ce qui fait sa force. C’est avant tout un groupe de copains passionnés qui ensemble, à force de coordination et de travail, ont réussi à se hisser au tout premier rang au niveau national, et à se mesurer au top du niveau européen.

5 heures de voyage plus tard, on arrive sur place. L’auberge est en plein centre ville, dans des maisons cubiques. On a tout juste le temps de poser les affaires et il est temps de descendre dîner. On mange tôt en Hollande. Mais ça laisse le temps d’une promenade digestive dans le quartier où l’architecture contemporaine contraste avec les bâtiments anciens. L’eau est omniprésente et les bateaux amarrés déci delà donnent un côté décalé à la ville. Décidément Rotterdam est une ville très surprenante !
Pour finir la journée, une petite terrasse chauffée, une bière, un irish coffee. Même Russel se laisse aller à une petite mousse. Il n’est que 21h après tout. Et il est vrai que cette fois-ci, nous n’avons pas 18 heures de voyage dans les pattes. Demain on quitte l’hôtel à 10h pour la répétition. Allez, carpe diem…

Vendredi 4 mai 2012

Retour à Rotterdam, autour du petit déj. Il est 8h30. Les visages sont ouverts, souriants. Pas trop de fatigue ni de stress apparent. L’ambiance reste détendue. On se retrouve par petits groupes, on prend son temps. Et pas trop quand même les gars, il faut encore préparer le pique-nique et le panier repas. Allez, brossage de dents et rassemblement !
10h00, on se met en route. Quelques accompagnateurs ont préféré l’option shopping et découverte de la ville. Les musiciens, eux, partent à Bazuin Oud Beijerland, petite ville en périphérie de Rotterdam où le BB NPDC se pose pour une dernière répétition avant le concours.

Russel fait d’abord travailler les pupitres qui ouvrent la pièce imposée d’Alexandre COMITAS « Vita Aeterna Variations » avant de faire travailler le brass dans son ensemble. Tout se passe bien. Derniers petits ajustements. Au bout de 2 heures de travail, Russel conclut : « C’était très bien, presque parfait. Il ne vous manque que le public. Soyez détendus et ne vous laissez pas prendre au piège du stress ou de la compétition. Je serai là cet après-midi pour vous suivre car l’essentiel est là. Jouez avec votre cœur et créez l’émotion, le reste viendra tout seul ».

Pause pour les musiciens, en attendant de connaître l’ordre de passage cet après-midi au concours. Celui-ci déterminera la suite du planning et l’éventuel retour à l’hôtel. Les brass passent tous entre 16 et 22h devant le jury. Au programme du jour, l’interprétation de la pièce imposée de COMITAS.
13h15, la nouvelle tombe, le BB NPDC sera 6ème à passer cet après-midi. On nous attend en salle de chauffe à 18h pour une audition un peu avant 19h00. Allez, on rentre déjeuner à l’hôtel. On dégustera nos sandwiches au chaud. Et une petite sieste ne sera pas de refus…

17h15, rassemblement à l’auberge et départ pour le De Doelen main concert hall. Trajet rapide. Les visages sont plus tendus, la pression monte. Direction le vestiaire au 3ème étage, puis la salle de chauffe. Il est 18h00, cette fois ça approche. 18h35, le concurrent précédent termine sa prestation sous un tonnerre d’applaudissements. Il s’agit du brass hollandais, le Brass Band Schoonhoven.
Nos musiciens entrent en scène et s’installent. La tension monte d’un cran pour les accompagnateurs. Et les musiciens aussi. Cette fois-ci on y est vraiment. Les artistes ressortent pour être appelés sur scène par Franck RENTON, le maître de cérémonie. Qui invite ensuite le chef à venir au pupitre. Russell fait son apparition sous les applaudissements. Il s’installe. Silence. Long silence. Russell fait mine de compter ses musiciens, se fige. Le temps semble suspendu… Et le brass se lance.

Premières mesures, ça passe bien. L’œuvre se déroule sans à coups. Les musiciens semblent plutôt à l’aise. La symbiose entre le chef et ses musiciens se fait naturellement. On sent l’interprétation assez sûre, fluide. Nos musiciens restent très concentrés. Attention, dernier passage, plus délicat, celui de la fugue. Jusque là, le brass avait pour habitude de précipiter la fin de ses interprétations, mais là, il tient le rythme et fait preuve de maîtrise. On sent les progrès à ce moment et une maturité qui s’affirme. Dernière notes, ça y est, c’est fini. Applaudissements. Nos gars ont été bons, très bons. On peut se relâcher, la pièce imposée est passée !

Retour au vestiaire, on souffle, on est soulagé, on est plutôt confiant. Satisfecit général. Les sourires sont sincères, les yeux pétillent. Par rapport à Linz, les musiciens sont bien moins tendus et se posent bien moins de questions. Ce qui est fait est fait. La suite se joue demain.

Les impressions de Russell à chaud dans les vestiaires : il se dit satisfait de l’interprétation et dit que le brass a franchi un nouveau palier. Mais pas le temps de trop traîner, retour à l’auberge et dîner. Au vu de l’heure, 20h15, on décide de faire sauter la répétition initialement prévue ce soir. Sinon, programme trop compliqué et on ne pourra pas manger. Allez, un peu de temps mort ne fera pas de mal. On passe à table. Après le dîner, petite discussion avec Russel sur le brass, sa prestation du jour et la façon dont il voit les choses :

« Le concours est plus élevé aujourd’hui qu’il y a deux ans, mais le brass a nettement progressé. On sent plus de passion, d’émotion dans l’interprétation. La musicalité est, elle aussi, meilleure. Je suis satisfait de la performance qui marque le franchissement d’une nouvelle étape. Celle de l’apprentissage de la précision. Une des faiblesse du brass jusque là. La formation est plus mûre, elle progresse de concours en concours. Et aussi entre chacune de nos sessions de travail. On sent que les musiciens travaillent régulièrement. Philippe fait du bon boulot et on se complète pour faire progresser le brass. Lorsque l’on écoute et on voit les musiciens aujourd’hui, on trouve davantage le sentiment de confiance, de quiétude et de sérénité. C’est une très bonne chose et surtout une progression qui s’inscrit dans la durée.

Pour demain, je ne me fais pas trop de souci. Spiriti est une pièce que le brass connaît et maîtrise. Les musiciens sont plus détendus et je peux me permettre de créer avec eux sur scène, chose que je ne pouvais pas faire jusqu’ici. Ce que j’ai d’ailleurs pu faire sur scène aujourd’hui. Nos marges de manœuvre s’élargissent. Et ce sont là des preuves incontestables des progrès accomplis dernièrement ».
Laissons donc souffler nos musiciens pour ce soir. Demain est un autre jour.

Samedi 5 mai 2012

Lever précoce aujourd’hui. Le RDV est à 8h au bus pour un départ à 8h15. Les petits déjeuners sont vite avalés, les bagages vite faits. Les traits sont plus tirés. Visiblement, certains ont joué les prolongations hier soir. C’est bien normal et c’est tant mieux. Le brass se soude et trouve sa cohérence aussi dans ces moments off qui lui donnent cet esprit de franche camaraderie. Car encore une fois, la marque de notre brass n’est pas « la compétition pour la compétition, et rien que la compétition », mais cette histoire fabuleuse de potes qui ensemble, à force d’amitié, de complicité et de travail commencent aujourd’hui à atteindre des résultats que beaucoup d’autres peuvent nous envier.

C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui le temps du collectif s’évadent de leur quotidien, un quotidien qui, souvent, revêt une robe plus banale. C’est un peu un retour aux sources du brass. Comme ces anciens mineurs qui s’évadaient de leur condition sociale en passant derrière leurs instruments pour aller chercher une élévation et une reconnaissance qu’ils n’auraient jamais réussi à avoir en tant qu’individus, mais que seul le collectif pouvait leur offrir...

Entre deux, le tirage tombe pour l’ordre de passage de l’après-midi. Le BB NPDC passera en 4ème vers 14h00, juste derrière le Cory, le Black Dyke et le Manger Musikklag, tenant du titre. Directement après les meilleurs ! Pas facile comme tirage, mais tant pis. Le Cory interprète la même pièce que nous. Spiriti sera donc deux fois au programme. L’Eikanger de David King clôturera les prestations de la journée. Cela permettra aux membres du brass d’écouter les autres concurrents.

9h00, arrivée à Bazuin Oud Beijerland, à la salle de répétition. On retravaille Spiriti, la pièce au choix. Le brass a choisi de présenter l’œuvre de Thomas DOSS, qu’il a découvert à Linz en 2010. Il réajuste quelques pupitres pour gagner en puissance, d’autres au contraire doivent faire preuve d’un peu plus de nuance et de subtilité. L’avis de Russel : « Attention à la précision qui doit être plus rigoureuse, plus militaire, dans certains passages. Il faut du rythme. Autrement, merci pour tout le travail réalisé à l’occasion du concours. C’était un plaisir encore une fois de vous avoir préparé pour Rotterdam. Je vous souhaite beaucoup de plaisir à l’interprétation cet après-midi. Jouez détendus, avec cœur et panache ».

Russel ajoute en conclusion qu’il a discuté avec Yamaha hier. Yamaha qui s’étonnait du niveau de notre formation et qui ne savait pas qu’un brass français pouvait avoir une telle interprétation et une telle sonorité sur scène. Ca, ça ressemble à du compliment…

11h00 fin de répétition. Direction la salle de concert. On mange dans le bus ou en arrivant, c’est selon. Les mines sont plus refermées, on sent la concentration, même si le stress semble bien moindre qu’à Linz. Arrivée au centre De Doelen. C’est une vraie fourmilière ! Allez, on file au vestiaire se préparer car la salle de chauffe c’est pour 13h00.

Retour dans la salle de concert, pleine comme un œuf pour les 3 brass favoris qui se suivent. Le BB NPDC passera juste après. Les interprétations des concurrents sont très convaincantes, y comris celle du Cory qui ouvre le bal. Ceci dit, sur ce coup là, nous aussi on a bien préparé et on va chercher à briller, même s’il faut se frotter au Cory.
Ca y est, nos musiciens entrent en scène. Même rituel que la veille. Ils s’installent et attendent l’invitation du maitre de cérémonie, Franck RENTON. Puis c’est l’entrée de Russell. Attention, c’est parti ! La suite, c’est en images…

Interprétation réussie. Juste, nuancée, rythmée, ça semble pas trop mal. Les musiciens saluent sous les applaudissements. Les visages souriants témoignent de la satisfaction des uns et des autres, mais aussi attestent du soulagement de chacun. Bravo les gars, une nouvelle fois, vous nous avez fait vibrer !

Il ne reste plus qu’à attendre le verdict du jury. Et l’attente va être longue, très longue. Peu importe, retour au vestiaire, on se change et on se détend. C’est bien mérité. Chacun tuera le temps à sa façon en attendant la proclamation des résultats lors de la cérémonie officielle : une petite mousse au bar, une promenade en ville, l’audition des autres brass… Certains se détendront au restaurant histoire de remettre un peu de carburant après une prestation qui aura coûté toute son énergie au brass.
22h30. Cérémonie de proclamation des résultats et remise des prix. C’est toujours notre cher Franck RENTON qui officie et qui assure une prestation impeccable, comme d’habitude. Discours, salutations officielles, remerciements des sponsors… Ah, enfin, proclamation des résultats. 5ème, le Cory. Enorme surprise et surtout 92 points pour Spiriti. Un favori qui se retrouve en 5ème place ! Mais quelle sera donc la suite ? 4ème, l’Eikanger. La 3ème place sera pour le local de l’étape, le BB Schoonhaven avec exploit, 99 points à la pièce au choix. Soit une interprétation (presque) parfaite ! Le 2ème sera le brass belge du Nord Limbourg avec 98 points pour la pièce au choix. Et le Black Dyke est proclamé vainqueur avec une régularité de métronome : 195 points dont 98 pour la pièce imposée d’Alexandre COMITAS et 97 pour la pièce au choix.

Chapeau bas !

Le Brass NPDC arrive donc en 9ème place, mais gagne en points pars rapport aux Championnat de Linz en 2010. Le niveau est donc encore plus relevé, et nos musiciens ont réussi à surclasser le Brass Oberösterreich qui était sur le podium il y a 2 ans. Le Cory lui « s’effondre » alors qu’il était Champion en 2010. Que de surprises pour cette édition hollandaise ! Et on s’en sort pas si mal au final.

Quels enseignements en tirer ? Quelle analyse ? Il est encore un peu tôt pour le dire. Ce qui est sûr c’est que l’avis du jury sera étudié et discuté très sérieusement pour progresser encore plus. Les enregistrements seront écoutés eux aussi et analysés pour corriger ce qui est à rectifier. Pas mal de points ont déjà pu être discuté sur le chemin du retour. Des améliorations à apporter en attendant de travailler, pour la reconquête du titre national qui nous permettra, une fois de plus d’accéder à l’aventure européenne. Mais on verra ça en temps voulu. Un jour à la fois…

Dimanche 6 mai, minuit

Le bus arrive enfin. On charge vite, la fatigue se sent. La déception aussi chez certains, même si la prestation reste honorable, surtout pour un jeune brass amateur comme le nôtre. Alors les discussions passionnées reprennent, tandis que d’autres s’installent pour dormir. Cette fois-ci on file droit et sans passer par l’hôtel, quitte à arriver au petit matin… Route presque sans encombre, si ce n’est une erreur de parcours du chauffeur qui allonge le parcours de 40 minutes. Et le bus finit par s’immobiliser sur la place de Oignies à 3h45 du matin. Ce dimanche est jour d’élections. Mais pour le devoir civique, on verra après le dodo…

Crédits photos : Adam PROMINSKI, Brass Band Nord-Pas de Calais 2012

Le récit d’Adam Prominski