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Pour la première fois, un membre du jury répond aux questions de brassband.fr

samedi 18 février 2012 , par La rédactrice en chef  
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À l’issue de l’édition 2012 du Championnat National de Brass Bands organisé par la C.M.F à Amiens, Philippe Wendling, seul français du jury, a bien voulu répondre à nos questions sur la compétition en particulier et plus généralement sur le mouvement brass band en France.

 Philippe Wendling

Était-ce votre première participation à une compétition entre brass bands ?

En France, oui, c’était une première. J’ai eu l’occasion de faire partie de jurys pour des concours de brass bands en Suisse (concours cantonal à Bâle et dans le Jura suisse).

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre connaissance du mouvement brass band avant cette compétition ? Pas seulement en France mais aussi à l’étranger ?

Je connais assez bien les brass bands suisses pour avoir joué en soliste avec certains d’entre eux, fait du travail de pupitre avec d’autres et avoir été membre de jury comme je viens de vous le dire. Je connais également ceux d’Allemagne et d’Autriche qui sont très différents de ceux imprégnés par le style anglo-saxon. Mais, bien sûr, je connais les brass bands anglais les plus renommés…

Comment avez-vous vécu le fait d’être isolé une longue journée, quasiment sans voir le jour ?

Le fait d’être isolé n’est pas vraiment un problème. Le temps passe très vite. Il faut être concentré sur ce que l’on entend et sur les conducteurs… L’ambiance entre les membres du jury étant excellente et très détendue, cela a rendu la journée agréable.

Justement, comment le trio formé par Luc Vertommen (Belgique), Bruce Fraser (Écosse) et vous-même, a-t-il fonctionné ?

Aucun n’a voulu prendre le dessus sur les deux autres. Malgré des origines différentes, les connaissances de chacun dans le domaine du brass band et des expériences en tant que membres de jury plus ou moins importantes, chacun d’entre nous avait son mot à dire.
Nous avons fait des commentaires après chaque passage de brass band et malgré nos différents profils, nous étions quasiment toujours d’accord…

Quelle première impression générale avez-vous eue à l’issue de la journée à Amiens ?

J’étais d’abord très heureux de tout ce que j’avais entendu. Un niveau général très homogène qui n’a rien à envier à nos voisins…Une préparation sérieuse et intense pour la plupart des brass bands. De jeunes orchestres très prometteurs et un excellent niveau dans les grandes catégories ( honneur et excellence). Tout ceci est très encourageant pour la suite.

Avez-vous des précisions à apporter sur les différences de niveau ? Les brass en compétition vous ont-ils semblé bien à leur place, chacun dans leur catégorie ?

Je pense que chaque ensemble était à sa place. Ce que l’on peut dire, c’est que, parfois, les brass devraient faire attention à leur pièce au choix ! Ceci dans les deux sens. Trop difficile ou trop facile pour le niveau dans lequel ils concourent… Une pièce trop difficile peut paraitre prétentieuse, à l’inverse une pièce trop facile demandera une exécution parfaite.

Les membres du jury ont-ils eu des difficultés à se mettre d’accord ?

Jusqu’à la catégorie honneur, tout était évident pour les trois membres du jury. Nous étions d’accord sur les classements, les notes, les remarques… Nous avons privilégié la musicalité, la conduite de phrases et l’émotion sans nous concerter avant.
Dans la catégorie Honneur, nous n’avons plus discuté et avons simplement proposé chacun des notes. Quelques différences sont apparues.

Sur quels points portaient-elles ?

Il ne s’agissait pas tant du classement que de l’écart de points entre les différents brass bands. Pour certains la différence était grande, pour d’autres beaucoup moins. Cependant, nous nous sommes tenus aux notes de chacun.

Depuis que brassband.fr suit le championnat, c’est la deuxième fois qu’un brass obtient la note de 19/20, ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas loin de la perfection. Pensez-vous qu’une note aussi élevée se justifie et quelle marge de progression cela laisse-t-il ?

La note de 19/20 est effectivement élevée, mais ceci est dû principalement au système de notation « à la française » qui laisse très peu de marge ! Un premier prix étant situé entre 16 et 20, avec les mentions B et TB à gérer… Ce système devrait être transformé en notation sur 100 points pour permettre une notation plus fine.
Quant à la marge de progression pour un brass band ayant obtenu 19/20 à un Championnat National, elle est obligatoire s’il veut rivaliser avec les plus grands brass bands européens.

Nous venons d’évoquer la notation « à la française ». Compte tenu des racines fortement anglo-saxonnes du brass band, pensez-vous que l’on puisse également parler d’une esthétique musicale « à la française » dans ce milieu ?

Je pense que le plus important, avant de parler d’esthétique « à la française », c’est simplement de parler de musicalité, de sens de la phrase, d’émotion…
Et il me semble que sur ce point là, on ne peut pas vraiment parler d’esthétique française ou anglo-saxonne, ça reste de la musique ! Concernant le son proprement dit, qui est un des éléments de la musicalité, il y a effectivement des différences entre certains brass français et la plupart des brass européens. Je crois qu’il est important et intéressant de proposer une esthétique sonore à la française, mais comme nous avons pu le remarquer par le passé, celle-ci n’est pas assez appréciée et reconnue lors de compétitions internationales… C’est un choix de la part de chaque orchestre, il suffit de l’assumer.

Avez-vous une définition à proposer pour ce « vibrato » que l’on considère comme caractéristique du brass band ?

Ce fameux « vibrato » n’est autre que la reproduction plus ou moins réussie du vibrato des cordes. À titre personnel, je trouve qu’il vaudrait mieux, s’abstenir d’utiliser un vibrato mal fait et essayer de jouer musicalement grâce au sens de la phrase et aux nuances. Je parle peut-être de façon directe et dure, mais nous avons entendu par moments des orchestres ne le maîtrisant que très moyennement et dans ce cas, c’est la musique qui en pâtit.
Je préfère le vibrato de fin de phrase qui apporte du volume et de la résonance aux dernières notes.
Le volume sonore des brass bands qui ont choisi cette option et qui l’ont maîtrisée s’en est trouvé amplifié.

Dans la mesure où le brass band est issu d’un mouvement populaire et où sa pratique est par essence amateur, pensez-vous que l’arrivée de certains grands solistes, parfois issus du monde symphonique, favorise l’essor et l’évolution du mouvement ?

La plupart des professionnels jouant dans les brass bands le font de façon « amateur », c’est-à-dire bénévolement, ce qui est tout à leur honneur. Cela favorise sûrement l’essor de ces formations car ces musiciens ont une maîtrise technique parfaite de leur instrument. Ce qui n’est pas toujours le cas chez les amateurs au sens « non professionnel » du terme. Mais ceci ne signifie pas que les brass avec des professionnels sonnent mieux que les autres.
J’ai le souvenir d’une rencontre avec le brass band de Göteborg au CNSM de Paris dans les années 1992-1993. Les musiciens n’étaient pas très impressionnants individuellement et cela nous avait surpris vu le renom du brass band. Mais lorsqu’ils se sont mis à jouer ensemble c’était tout simplement... « énormissime » !

Avez-vous une idée de la direction que va prendre ce mouvement en France et de l’évolution des compétitions ?

Le mouvement brass band est en plein essor en France. On voit des créations de tous les côtés, le dernier en date étant le Brass Band du Grand Est (BBGE) réunissant les professeurs et solistes d’ Alsace et de Franche-Comté.
L’important est d’essayer de faire découvrir ou redécouvrir ce style populaire à un public qui a besoin de nouveauté en ce qui concerne les cuivres et les vents en général.

Revenons à Amiens, parmi les nombreux critères que le jury a pris en compte, quels sont ceux qui ont eu le plus d’importance ? (perfection technique, virtuosité, musicalité, qualité des solistes ou qualité du son d’ensemble ?)

Vous avez énuméré tous les critères importants !!! Pas forcément dans le bon ordre, mais ils y étaient tous… Pour moi, le plus important reste l’émotion ! Celle-ci sera présente si une grande partie des critères suivants sont respectés : musicalité, intonation, son d’ensemble, verticalité, maîtrise technique.
Un autre élément indispensable à la qualité d’un brass band, c’est l’envie de jouer ensemble. L’amitié et la fraternité apportent beaucoup et donnent envie de se voir souvent. Il est important de jouer tous ensemble le plus souvent possible, cela ne sert à rien de se retrouver deux ou trois fois avant les concerts ou les concours.

Avez-vous envie de renouveler l’expérience ?

Sans réfléchir,j’ai envie de dire oui. Pourtant, il est évident que ce ne sera pas de sitôt en France.
Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux inviter un membre du jury français, certes, mais simplement musicien et non issu de ce milieu des cuivres où, finalement, tout le monde se connaît… Ce serait peut-être plus simple...

C’est sur cette conclusion en clin d’œil à ses confrères musiciens que nous remercions Philippe Wendling d’avoir répondu à nos questions.