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Fabrice Millischer, rencontre entre un virtuose et le brass band

lundi 21 juin 2010 , par La rédactrice en chef  
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Tromboniste virtuose, Fabrice Millischer est lauréat de nombreux prix prestigieux (concours internationaux de trombone à Budapest en 2005 et de sacqueboute à Toulouse en 2006, Premier Prix du Concours International de l’ARD Munich). Il joue et se produit en soliste avec les plus grands orchestres (Wiener Kammer Orchester, Rundfunksinfonie Orchester de la SWR Stuttgart, Orchestre de l’Hermitage de Saint-Pétersbourg, Orchestre National d’Ukraine...) tout en s’intéressant à la composition contemporaine, à la pédagogie et à la promotion de jeunes artistes, alors que lui-même n’a pas encore trente ans.
Pour tout connaître de sa carrière, vous pouvez vous rendre sur son site officiel : http://www.fabricemillischer.com.
Mais c’est à sa relation affective et musicale avec le brass band que nous nous sommes intéressés en lui adressant quelques questions auxquelles il a répondu avec la simplicité et la gentillesse des vrais grands artistes.

Comment en êtes-vous arrivé à jouer avec des brass bands ? Comment avez-vous découvert ce mouvement ?

  Pérégrination - le dernier CD de Fabrice Millischer

J’ai découvert les brass bands français tout simplement quand l’un d’eux a vu le jour dans ma ville natale, Toulouse. Bien entendu, j’avais déjà entendu parlé du Brass Band Normandie ou du Brass Band Nord Pas-de-Calais, car le mouvement s’est tout de même propagé assez tôt dans le nord de la France, mais il n’est arrivé près de chez moi qu’à partir des années 2000.

Jouer au sein d’un brass band s’est fait très simplement. Lors du Prix d’euphoniums 2007 du CNSMD de Lyon, j’ai découvert une pièce pour deux Euphoniums et Brass Band d’Étienne Perruchon. Lorsqu’ensuite j’ai eu l’envie de passer commande à un compositeur, je me suis tout naturellement adressé à lui car j’avais un merveilleux souvenir de cette oeuvre. Nous avons ainsi collaboré dès l’année suivante et Libretto est le résultat de cette belle aventure.
Pour la petite histoire, j’ai pu créer cette pièce avec le Brass Band de Toulouse.

Trouvez-vous que cette formation offre des possibilités qu’on ne rencontre pas avec d’autres types d’ensembles ?

Bien entendu, ce qui fait le charme du brass band est avant tout un son unique. Je veux parler du fait qu’il n’est composé que de cuivres pour la grande majorité à perce conique (mis à part.... les trombones ! ). Du coup, on y trouve une homogénéité entre les pupitres plus naturelle que dans l’orchestre d’harmonie ou même dans l’orchestre symphonique.

Avez-vous déjà joué en pupitre de trombones avec un brass band ou bien étiez-vous à chaque fois soliste invité ?

J’ai eu la chance de jouer pendant deux ans au sein du Brass Band de la Musique de l’Air de Paris.

Vous qui avez beaucoup joué à l’étranger, avez-vous eu l’occasion de jouer avec des brass bands étrangers et, si oui, lesquels ?

Malgré mes voyages et mes collaborations avec des ensembles étrangers, je n’ai malheureusement jamais eu l’occasion de jouer avec des brass bands autres que ceux de l’hexagone. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé car cette expérience m’aurait vraiment intéressé... Les contacts ne se sont jamais concrétisés mais je reste optimiste pour l’avenir... 

Pouvez-vous nous dire comment sont perçus les cuivres français au-delà des frontières ?

Les ambassadeurs de renom tels que Maurice André, Michel Becquet, Georges Barboteu... ont exporté une image des cuivres français très forte et nous assurent encore aujourd’hui une réputation dont nous avons la chance de profiter. Ainsi nous sommes perçus à l’étranger comme des instrumentistes dotés d’une technique solide alliée à de belles qualités musicales et sonores. À l’inverse, nous sont reprochés les défauts de nos qualités... et nous devons progresser dans le travail de pupitre et de groupe. Or, cet engouement actuel pour le brass band est bien le signe que le paysage des cuivres français veut évoluer dans ce sens. 

Photo par Sylvain Pelly

Vous êtes très jeune et Étienne Perruchon vous a dédié une oeuvre. Comment ressentez-vous le fait d’être le dédicataire de nouvelles compositions ?

Tout d’abord une grande fierté car les compositeurs avec qui j’ai eu l’honneur de travailler ont fait fi de mon jeune âge et m’ont malgré tout fait confiance. Je ne peux que les en remercier. Je ne souhaite pas tirer davantage profit de ces dédicaces, mon seul intérêt et mon unique but étant de faire connaître le trombone et d’en enrichir le répertoire. En cela, je serais heureux si mon travail apporte quelque chose aux trombonistes.

Sans entrer dans des confidences trop personnelles, avez-vous encore du temps pour une vie privée, famille, amitiés, amours... ?

Malgré ce qu’on peut croire, on peut tout à fait concilier une vie normale et une vie de soliste. D’ailleurs, si je ne pouvais pas en avoir une, je pense que je serais contraint d’arrêter car la famille, les proches et les amis sont tout aussi importants pour moi que l’est la musique et font partie de l’équilibre à respecter si l’on veut garder la même envie dans ce que l’on fait.

Comment voyez-vous l’évolution de votre carrière ? Avez-vous des projets précis ?

Pour l’instant, je sors de l’enregistrement de mon tout premier CD en solo Pérégrinations et de celui avec mon quatuor de trombones Quartbone, Esquisse . J’aimerais par la suite en faire d’autres comme par exemple un avec brass band (le projet est en cours...) ou avec harmonie et orchestre symphonique. Plus que le désir d’enregistrer avec des formations différentes, j’espère aussi pouvoir mettre sur support CD les pièces qui ont été écrites pour moi car c’est une des façons (après les concerts bien entendu) de faire vivre les œuvres et de les faire connaître.
Sinon, pour en revenir aux compositeurs eux-mêmes, j’aimerais encore pouvoir participer à l’élaboration de pièces dédiées aux trombones et rencontrer pour cela toujours plus de compositeurs.
Enfin, j’ai déjà la chance de jouer au sein d’un orchestre et d’enseigner dans une Hochschule, donc seules les opportunités futures décideront de mon avenir...

Pour en revenir au brass band, d’après vous, comment ce mouvement pourrait-il prendre plus d’importance en France, que devraient faire les brass bands français pour rayonner davantage ?

Je ne me permettrais pas de donner des conseils tout comme je ne porterais pas de jugement sur ce qui se fait en France dans ce domaine. Je dirais seulement que nous avons forcément du retard sur les anglo-saxons puisqu’ils ont l’avantage d’être les plus anciens, donc d’avoir une culture qui berce leurs musiciens depuis leur plus tendre enfance. Je pense que les brass bands français évoluent bien et commencent à faire de beaux résultats à l’échelle européenne (BBNPDC 8ème à Linz en mai 2010). Pour cela, ils ont fait appel à des chefs étrangers qui leur amènent leur expérience. En continuant ainsi, il n’est pas inconcevable de penser qu’un brass band français montera sur un podium un jour, chose qui était impossible il y a encore peu de temps. Le niveau actuel permet de l’espérer.

Pensez-vous qu’il soit nécessaire de se tourner vers le savoir-faire anglo-saxon en travaillant avec des chefs issus des plus fameuses formations, ou pensez-vous qu’il existe une voie française pour conquérir de nouveaux publics (et de nouveaux jurys) ?

En effet, comme je viens de le dire, le savoir-faire de chefs anglo-saxons est assez unique. Alors que nous découvrons depuis environ 20 ans en France cette formation, le Black Dyke Band (4ème au dernier championnat d’Europe à Linz) existe depuis plus de 150 ans ! Ainsi, je trouve très enrichissant le fait de pouvoir travailler avec de tels chefs et donc de profiter de leur expérience.

Avez-vous quelques anecdotes particulières à partager avec nos lecteurs concernant les concours, les championnats, les opens ?

Je n’ai pas d’anecdote précise à raconter, seulement dire que ces concours sont des moments particuliers dans la vie d’un musicien. Pour moi, même si tout musicien veut et se prépare pour aller le plus loin possible dans la compétition, il ne faut les appréhender que dans ce sens-là. En effet, un concours est aussi un lieu de rencontre et d’échange très important ! Ainsi, on peut vraiment s’enrichir en écoutant et en voyant comment les musiciens d’autres pays et d’autres cultures abordent la musique de tel instrument ou de tel ensemble. Cet aspect m’apparaît tout aussi important que le résultat du concours lui-même car pour moi, la musique doit rester un art et un plaisir qui se partage et non uniquement une compétition.

Après ces paroles pleines de sagesse, d’expérience et d’amour de la musique, nous n’avons qu’une hâte : retrouver Fabrice Millischer pour la naissance d’un CD avec brass band !