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Le sel de Clément

lundi 4 décembre 2006 , par La rédactrice en chef  
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Rencontre avec Clément Saunier, jeune cornettiste et trompettiste de grand talent, représentant d’une nouvelle génération.

Pour son parcours - de l’école de musique de Surgères au CNSM de Paris - comme pour la liste des prix internationaux qu’il a remportés, vous pouvez lire les entretiens qu’il a accordés à La Gazette des Cuivres et les différents articles qui lui sont consacrés sur internet ou ailleurs.

En revanche, si vous voulez découvrir un jeune musicien de 27 ans aussi à l’aise dans la vie que dans son art, à mi-chemin entre le sportif à la discipline rigoureuse et l’amateur des plaisirs de l’existence, l’hyperactif et le contemplatif, quelque part entre zen et passion, maturité et enfance, alors, bienvenue dans l’univers de Clément Saunier, bugle à l’Orchestre des Gardiens de la Paix, cornet principal du brass band Aeolus, membre du quintette Trombamania, professeur au conservatoire du XIIIième arrondissement.

Tout commence par un mystère. Pourquoi avoir choisi la trompette ? Laissons la légende apporter ses réponses...

Pour le brass band, les choses sont déjà plus claires. Premier contact avec l’Orchestre de Cuivres au conservatoire du XXième arrondissement sous l’égide de Pierre Gillet. Deuxième étape : Bastien Stil, fondateur du brass band Aeolus est à la recherche d’un bugle et le contacte. Mais voilà qu’en 2002 Clément remporte le concours international de Porcia en Italie et c’est finalement comme cornet solo qu’il intègre la formation.
Qu’est-ce qu’un élève brillant, un concertiste talentueux, peut aller chercher et trouver dans un brass band ?

« En son temps », confie Clément Saunier, « Pierre Thibaud disait déjà que le brass band, c’était l’avenir. Quand on achève ses études, on s’aperçoit qu’on a acquis une somme importante de connaissances, et pour faire quoi ? Au mieux, se retrouver dans un orchestre symphonique ou devenir enseignant à son tour. Le brass band, c’est l’occasion de jouer dix fois plus de notes. C’est bon pour tout le monde : les solistes, les musiciens amateurs, les élèves, le public, les marchands d’instruments, les écoles de musique... »

Alors on a envie de savoir ce qu’il y a de si spécial dans ce fameux « cornet », de comprendre ce qui le rapproche et ce qui le sépare de sa soeur, la trompette.

« À la base, je suis un pur cornettiste. D’ailleurs, les vrais cornettistes, comme Alexis Demailly (cornet solo à l’orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris) ou André Feydy (professeur de trompette dans les Écoles Nationales de Musique de Bourg-la-Reine et Cachan), ont un jeu différent sur la trompette. Ils ont un son plus rond, plus chaud, un sens du phrasé, une réelle idée des sens de jeu : avant-arrière, haut-bas... »

« Il faut dépasser la dimension physique »

Alors qu’on devine qu’il y a derrière tout cela beaucoup de discipline, de travail, de difficultés à surmonter, pour ne pas parler de souffrance, on ne sent chez Clément Saunier que le plaisir de faire ce qu’il appelle tout simplement « de la musique ». Il avoue travailler huit heures « effectives » en période de préparation aux concours et seulement « entre quatre et six heures en temps normal ». Ce qui lui laisse le temps de pratiquer trois entraînements de natation par semaine (deux par jour durant l’été !), de savourer quelques instants de « vie personnelle », de répéter et jouer avec les différents ensembles dont il fait partie et de se consacrer avec enthousiasme à l’enseignement. Épanoui, il résume tout cela d’une formule : « Il faut dépasser la dimension physique ».

On retrouve ce mélange de rigueur et de souplesse dans sa pédagogie. Quand il a proposé au directeur du conservatoire du XIIIième arrondissement de créer un Brass Band Junior pour les élèves du premier cycle – des enfants entre 7 et 12 ans -, il a reçu un véritable soutien. Les investissements nécessaires ayant été réalisés, il a initié un apprentissage « cadré mais décontracté ».

« Je suis un jeune prof. Mes élèves me tutoient. Mais je dois montrer l’exemple. Pour eux, c’est important de pouvoir mener un projet sur plusieurs mois, d’apprendre à entrer sur scène, saluer, se placer, respirer ensemble, attaquer ensemble... Et moi, ça m’a appris la patience ! »

L’initiative a remporté un tel succès et à une telle vitesse, qu’il est déjà question de créer un nouveau brass band pour les élèves du deuxième cycle. Des brass bands qui pratiquent la parité avec plus de facilité que leurs aînés puisqu’on y compte presque autant de filles que de garçons.

« Paris est un vivier exceptionnel. C’est important de développer la culture « brass band ». Ce qui ne fera pas de tort à la culture « trompette ». Au contraire. »

Mais n’allez pas penser que Clément Saunier s’arrête aux portes de la capitale. À 18 ans, il monte un stage de technique instrumentale à Surgères, la ville de Charente-Maritime où il a débuté, avec cinq élèves et trois professeurs. Après neuf ans d’existence, c’est désormais une centaine de stagiaires qui viennent travailler avec une dizaine de professeurs la trompette, le tuba, le trombone et les percussions.
Voilà comment cet instrumentiste encore à l’aube de sa carrière espère développer ses valeurs.

« Il faudrait que l’on soit porté par l’excellence plus que par l’ambition personnelle. »

« Il faudrait que l’on soit porté par l’excellence plus que par l’ambition personnelle. Ce serait bien de préférer l’entraide à la rivalité. Quand un brass band cherche un remplaçant, on devrait tous se serrer les coudes. La querelle amateurs / professionnels n’a pas grand sens en France où le mouvement n’en est qu’à ses débuts. Bien sûr, il y a des professionnels venus d’orchestres symphoniques, mais en ce qui concerne le brass band, on est tous des amateurs. On répète une fois par semaine. On essaie d’organiser des partielles. On ne touche pas de cachet. On investit dans l’achat des instruments. On vient de loin en voiture. On est tous logés à la même enseigne. Et, quand il s’agit de représenter la France à un championnat international, les déplacements sont à nos frais. D’ailleurs, ce serait une bonne chose d’aller plus souvent voir ce qui se passe ailleurs, en Hollande, en Belgique, en Suisse. Moi, ce que j’aimerais, c’est insuffler un esprit nouveau, transmettre un message d’espoir à tous ceux qui espèrent voir le mouvement brass band en France quitter l’enfance et les crises de l’adolescence pour prendre son envol. »

« ...en ce qui concerne le brass band, on est tous des amateurs. »

Devant tant de ferveur, on est tenté de penser à la relève. Que dira Clément Saunier, un jour, à ses enfants... quand il en aura.

« Ils feront ce qu’ils voudront. De la course à pied si c’est leur passion... » Silence. « Je ne recommanderai jamais la trompette. » Une ombre légère sur un léger sourire. « De toute façon, on aurait tous dû faire du piano. Les meilleurs musiciens que je connais sont des pianistes. »

C’est sur cet hommage plein d’humilité qu’il se lève et s’excuse d’être attendu ailleurs. Pourtant, il ne fait pas sentir qu’il est pressé. Il prend encore le temps d’accorder d’avance toute confiance à la rédaction de l’article, de rappeler qu’il a vécu sur un bateau et de rêver de la péniche qu’il aimerait avoir un jour. L’image lui va bien : voyageuse, indépendante, paisible et aventureuse.