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Étienne Perruchon, un amoureux, un vrai !

vendredi 27 mars 2009 , par La rédactrice en chef  
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Étienne Perruchon

Compositeur d’œuvres variées pour le théâtre, le ballet, la comédie musicale, le cinéma, mais aussi pour des écoles de musique, des orchestres symphoniques et des orchestres d’harmonie, lauréat de plusieurs prix

(Prix du Meilleur Compositeur de Musique de Scène en 2002 pour Léonce et Léna décerné par Le Syndicat Professionnel de la Critique Dramatique et Musicale, Mozart du 7ème art au festival Musique et Cinéma d’Auxerre pour Dogora en 2004),

Étienne Perruchon est littéralement tombé amoureux du brass band. Il nous détaille sa passion et nous livre ses projets avec une belle sincérité et une bienfaisante énergie.

À quelle occasion avez-vous commencé à vous intéresser à la musique de brass band ?

Un jour mon fils Lucas, tromboniste, m’annonce qu’il vient d’intégrer le Brass Band des Savoie dirigé à l’époque par deux personnes, Martial Renard et Martial Cottet-Dumoulin. Je connaissais bien Martial Renard car il avait déjà dirigé plusieurs de mes œuvres, dont des œuvres symphoniques et des œuvres pour orchestre d’harmonie. Je ne connaissais rien de la culture « brass band ».

Je ne savais pas, par exemple, qu’ils appartenaient presque tous à la même famille de « perces », d’embouchures.
Un soir, je suis allé assister à une répétition. Ça a été un choc émotionnel fort, et j’ai été immédiatement séduit et même possédé !

Qu’est-ce qui vous séduit dans cette formation musicale ?

En fait, la première chose a été le son. Cette homogénéité me rappelait fortement l’équilibre d’un orchestre symphonique. Quand j’écrivais pour orchestre d’harmonie, j’étais toujours désespéré de ne jamais trouver la même nomenclature d’une formation à l’autre. Avec les Brass bands, la constance de la nomenclature permet d’avoir confiance dans ce que l’on va entendre.

D’ailleurs les quelques fois où j’ai entendu des brass bands trop fournis, avec beaucoup de doublures, le son était moins bien. On s’approchait plus d’un ensemble de cuivres que d’un véritable brass band.

Ensuite, comme beaucoup, les possibilités énormes de virtuosité m’ont bluffé.
Je découvrais une formation pour laquelle je pourrais presque tout écrire, tout en assouvissant mon immense attirance pour les instruments à vent. Et particulièrement les cuivres.

Étienne Perruchon et le Brass Band des Savoie

Le répertoire des brass bands s’enrichit régulièrement de musiques de films. De plus, les incontournables « Virtuoses » [1] mis à part, quelques brass bands ont pointé le bout de leur nez sur les écrans, petits ou grands. Vous qui composez régulièrement pour le cinéma comme pour le théâtre, pouvez-vous expliquer cette attirance réciproque ?

C’est logique que le cinéma, art profondément populaire, s’intéresse aux brass bands. Ils peuvent répondre aux exigences de la musique de film : être sophistiqués et populaires à la fois.

Par exemple pour « la Guerre des Miss » [2] , il y avait une évidence à rattacher la musique au destin particulier de ce petit village. Je voulais qu’un sentiment mélangé de dérision et de gravité émane de la partition. Les orchestres à vent sont parfaits pour cela, Nino ROTA [3] l’avait bien perçu.

Les orchestres de brass bands évoquent souvent l’amitié, la convivialité, l’esprit d’équipe chaleureux, le respect et l’humilité de la pratique amateur... Est-ce que ces valeurs font partie des choses qui vous ont attiré ?

Oui, très fortement. Je me souviens que j’assistais à des répétitions du Brass Band des Savoie le dimanche matin dès 9h. Certains faisaient plusieurs heures de route pour être en place à l’heure, chauffés, et de bonne humeur. J’étais scié et admiratif de ces artistes. J’ai senti que cet orchestre, c’était le leur. Un peu comme une bonne équipe de foot. Cela s’est confirmé en rencontrant d’autres brass bands.

Dans le répertoire existant, quelles sont les œuvres qui vous touchent le plus ?

Je suis ému dès que j’entends de la musique composée spécialement pour brass band. Il n’y en a pas assez à mon goût, et, surtout, trop peu de compositeurs aux univers différents s’intéressent à cette formation. Ils ont tort car il y a, une fois de plus, un immense potentiel expressif dans cette formation.


À travers vos compositions, que voulez-vous apporter de différent, vers quelles contrées souhaitez-vous emmener les brass bands ?

J’écris pour brass band comme pour toutes mes musiques orchestrales. Je souhaite que tous les pupitres soient responsabilisés. Je fuis à toutes jambes les doublures pour faire « gros son » ! Mes partitions sont des genres de « concertos pour orchestre ». Quand j’écris pour orchestre, je me mets toujours à la place de l’instrumentiste, puis du public. Tout le monde a droit d’y trouver son plaisir.

Je pense écrire plus de concertos qui permettraient aux musiciens de sortir de l’orchestre et d’être mis en valeur. J’envisage également une partition avec pianiste soliste suite à une expérience vécue avec mon ami François-René Duchâble.

Êtes-vous attaché à l’évolution de ce mouvement en France ou le considérez-vous sans frontières ?

Je le considère bien évidemment sans frontières, comme toute la musique d’ailleurs. Cependant, je pense que la France, avec ses sublimes interprètes, peut apporter une identité spécifique. Le son moins vibré que les anglais, par exemple, est une constance dans les brass bands français, il me semble.

Si vous deviez occuper une place dans un brass band, laquelle choisiriez-vous ?

Celle du chef ! Je ne vois que ça qui puisse me satisfaire autant que celle du compositeur.

Vous êtes très lié avec le Brass Band des Savoie, avez-vous de nouveaux projets avec cet ensemble ?

Les liens forts que j’entretiens avec eux ne sont pas près de se tarir. Nous allons poursuivre, entre autres, notre aventure autour des concerts DOGORA [4].

Avez-vous été sollicité par d’autres brass bands, de France ou d’ailleurs (ou bien en avez-vous sollicité quelques uns vous-même) ?

Certains brass bands et artistes membres de brass band commencent à m’approcher. Au CNSM de Lyon, à Toulouse, à Amiens, on commence à s’y intéresser fortement aussi. Fabrice Millisher m’a commandé un concerto pour trombone et brass band créé à Toulouse qu’il joue régulièrement en concert. J’ai écrit auparavant une autre œuvre concertante pour deux euphoniums et brass band créée par Florian Coutet et Sébastien Vesin avec le B.B.S.

Moi-même, je fais un travail pour aller à la rencontre des brass bands. Je vous l’ai dit, j’en suis dingue !

À quand un « Virtuoses » français ?

J’y viendrai certainement. Je rêve d’un spectacle, un peu à la manière de BLAST [5] fait avec un brass band. J’ai quelques idées…

C’est sur cette annonce pleine de promesses que nous quittons Étienne Perruchon, sans doute pour peu de temps, tant son parcours d’artiste semble désormais lié au devenir du brass band dont il a si bien compris l’âme et l’essence.

[1Film de Mark Herman se déroulant au sein d’un brass band anglais

[2Film de Patrice Leconte sorti en 2009

[3Grand compositeur italien, 1911-1979, auteur notamment des bandes originales des films de Fellini

[4Dogora, Ouvrons les yeux, un film de Patrice Leconte, 2004, et une musique originale composée par Étienne Perruchon

[5Grand spectacle musical créé à Londres en 2001