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L’homme de la Haute-Normandie

lundi 18 septembre 2006 , par La rédactrice en chef  
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Philippe GERVAIS, angoissé avant l’arrivée des musiciens... tout le monde sera-t-il à l’heure ?

Chef de famille et pédagogue

- Y a-t-il une forme de trac propre au chef ?

Non, il n’y a pas de trac au sens artistique ou musical. C’est plutôt un trac en rapport avec l’organisation, la synthèse entre les musiciens. Il y a des moments difficiles quelques minutes avant le lever du rideau si un trombone est en retard, par exemple. Mais artistiquement, non. Si un programme de brass band n’est pas bien travaillé, ce n’est pas la peine de la présenter. Il s’agit d’une musique populaire, d’un moment à partager, il y a donc, au départ, une certaine convivialité.

- Essayez-vous de le dissimuler aux musiciens pour ne pas les perturber ?

Si on veut que les musiciens soient cools, il ne faut surtout pas montrer une quelconque anxiété ou un souci. Ce n’est pas facile mais la pédagogie de groupe est essentielle.

- Justement, vous sentez vous parfois investi d’un devoir paternel envers vos musiciens, en particulier envers les brass bands juniors ?

Le paternalisme existe quand on est professeur. Mais c’est plutôt comme un rôle au sein d’une famille, c’est un regroupement d’êtres humains qui doivent se respecter les uns les autres. Évidemment, il y a des limites à ne pas franchir, sinon ce n’est plus gérable. C’est une bonne école d’éducation sociale.

- Un bon chef doit-il savoir gérer les frictions personnelles au sein d’un orchestre ou au contraire les ignorer ?

Dans un groupe comme le nôtre, il y a plusieurs générations. J’ai le souci de préserver la gentillesse et l’amitié. Il faut à la fois se préoccuper de la bonne marche de la formation mais aussi être attentif aux petits soucis de tel ou tel musicien. il faut être à même de pouvoir parler des petits chagrins pour décontracter l’atmosphère.

- Restons dans le domaine de la pédagogie. Les élèves, vous les menez rudement « à la baguette » ou vous êtes plutôt favorable à une pédagogie douce ?

Je n’aime pas du tout la pédagogie étrangère. On n’en a pas la culture. Je suis doux avec les élèves. Je veux qu’ils s’installent d’eux-mêmes dans le travail. Au départ, il faut donner la culture brass band sans l’imposer. Je le fais depuis dix ans. Dans trente ans, on sera peut-être plus rigoureux mais la rigueur n’empêche pas la gentillesse.

- Puisque vous évoquez souvent vous-même la vertu de « gentillesse », que répondez-vous à ceux qui pensent que le brass band est un repaire de machos ?

Non ! Tout ça, c’est de l’antiquité ! Il n’y a pas de différence entre les filles et les garçons dans l’orchestre... sauf, peut-être quand on fait une bringue après un concert !

- Pourtant, on voit toujours plus d’hommes que de femmes dans les formations, non ?

On voit de plus en plus de femmes. Et on en verra encore plus à l’avenir. C’est essentiel d’avoir un élément féminin dans un groupe. Il y a des amitiés très fortes qui s’installent.

Le coup de foudre

- Un chef est toujours un peu seul face à une trentaine de musiciens, vous n’éprouvez jamais de solitude, de frustration de ne pas être « de l’autre côté » ?

Si j’avais connu le brass band il y a vingt ans, je serais sans aucun doute resté musicien. J’aime trop les cuivres. J’aime trop souffler dans ma trompette. Malheureusement, je n’ai pas eu ce bonheur. Je me suis profondément ennuyé dans certaines harmonies. Si on m’avait donné à choisir, j’aurais pris la place de cornet mi bémol. J’aime les aigus, l’extrême de la tessiture de cet instrument. Mais, quand j’ai commencé le brass band, c’était à un moment charnière de ma carrière. Je saturais à la trompette. L’orchestre dans lequel je jouais a fermé et j’ai pris ma décision. Je suis très heureux de voir toutes ces jeunes générations pétillantes. Je suis très rassuré pour l’avenir.

- Comment avez-vous découvert le mouvement brass band ?

C’était au cours d’un voyage en Angleterre avec des copains. Un véritable coup de foudre qui n’a pris que quelques minutes. Quand j’ai vu ce défilé de vingt-cinq formations qui ne ressemblaient en rien aux ensembles de cuivres à la française, j’ai su que c’était « ça ».

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Musicalité et ambition

- Marches, galops, polkas, transpositions d’airs classiques ou traditionnels, standards de jazz, compositions contemporaines, avez-vous un genre favori ?

J’aime par définition le binaire. J’aime les marches. les choses éblouissantes, bien carrées. J’ai horreur des pièces techniques, rapides, faites pour la virtuosité. Je préfère miser sur la mélodie, des choses bien chantées, la musicalité. C’est comme ça que l’on peut bien comprendre les instruments que l’on offre en soliste.

- Concert ou concours ? Quel est le plus excitant ?

Le plus grand plaisir, ce sont les concours. Le concours, c’est ce qui fait avancer. En revanche, en concert, ce qui est séduisant, c’est qu’avec un tel répertoire, on peut se lâcher. On a le tempo, la carrure, l’impact. Il n’y a pas de limites.

- Revenons un instant aux concours. Êtes-vous satisfait de l’organisation du prochain championnat de France de brass bands qui va se tenir à Paris en novembre 2006 ?

Ce n’est jamais facile de contenter tout le monde, de trouver la date idéale. Bien sûr, c’est un peu dommage que le concours Maurice André ait lieu au même moment... Les pièces imposées sont certes bien choisies pour nous faire travailler et avancer mais je constate tout de même que le choix vient de l’extérieur, de personnes à l’étranger qui n’imaginent pas que les français puissent avoir des affinités avec d’autres compositeurs. Il faudrait que ce soit des pièces que l’on puisse ensuite exploiter en concert.

- Justement, lorsque vous présentez votre répertoire au public apportez-vous un soin particulier à la préparation de vos interventions ?

On pourrait croire que c’est de l’impro, mais, non. Automatiquement, on prépare, sinon on risque le trou noir. Mais quand le contact avec le public se fait bien, le verbe arrive facilement. Il y a une connivence entre les musiciens, le chef et le public. Alors, le concert se déroule dans une forme de bonheur, sans appréhension.

Patrimoine génétique

- Et si vous n’aviez pas fait de musique ... ?

Je ne sais pas ce que j’aurais fait. Je suis né dans la musique. Mon père était facteur d’orgues. je suis fier de dire qu’avec mes cinq frères, à table, au lieu de regarder la télé, on écoutait Bach. Aussi loin que remonte ma mémoire, j’ai toujours voulu faire de la trompette.

- Et l’avenir ?

Ce qui me tient à coeur, c’est le jumelage et les échanges avec d’autres pays. Il y a aussi l’Académie de Cuivres du Brass Band Normandie qui démarre cette année. Nos solistes y seront professeurs.

- Pouvez-vous nous expliquer d’où vient le logo du Brass Band Normandie ?

Le brass band, c’est un son homogène. Le but n’est pas d’y entendre des individualités, d’où l’idée de cette spirale qui vient happer les sonorités de tout le monde et qui s’envole vers le ciel en un seul son.

- Pour conclure : à plusieurs reprises par le passé les anglais ont envahi la Normandie. Croyez-vous que vos ancêtres ont pu vous léguer certains gènes qui expliqueraient votre passion pour un genre typiquement anglais ?

Bonne hypothèse. Je suis sans doute né sur un drakkar !!!