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Interview d’Éric Brisse

vendredi 1er septembre 2006 , par La rédactrice en chef  
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-  Eric Brisse, vous êtes membre de la C M F (Confédération Musicale de France) où vous intervenez au sein de la commission « Brass Band », pouvez-vous préciser en quelques mots votre itinéraire et votre travail ?

Je suis professeur de Cor au CNR d’Amiens et à l’École Nationale de Musique de Cambrai.
Après avoir été 16 ans Cor solo à l’Orchestre Colonne, j’ai créé un ensemble de cuivres en 1989 qui s’est élargi ensuite pour devenir l’Orchestre de Cuivres d’Amiens. (O.C.A.)
Depuis 2002, cette formation respecte la nomenclature stricte du brass - band.
Mon travail à la CMF au sein de la commission « Brass Band », sous la responsabilité de Michel Pierrot, consiste à proposer (et décider) des oeuvres pour le concours national, à organiser ce répertoire en listes par niveaux selon le barème CMF, et d’une manière générale, à promouvoir ce mouvement dans notre pays. Il me faut répondre également aux - questions, remarques et critiques qui sont adressées à cette commission.

- La CMF est à l’origine du championnat national de brass bands. Quand et comment avez-vous eu le désir de créer un concours comme celui-ci ?

Depuis plus de 10 ans, il n’existait que le concours d’Amboise, qui est un "open" (concours international).
Il nous a semblé important, à l’image de ce qui se passe chez nos voisins européens, de créer un championnat, réservé aux seuls brass bands français, tout d’abord pour nous confronter les uns aux autres, pour progresser avec les conseils de grands spécialistes du genre, avant d’affronter (sur le plan musical) la concurrence étrangère.
J’ai rédigé un règlement spécifique aux brass bands, inspiré des concours belge et britannique : tirage au sort, jury caché des musiciens, programme et durée imposés.
La CMF a également organisé un concours de composition réservé aux compositeurs français dont la première édition a eu lieu en 2004.
Deux oeuvres ont été primées et imposées pour la première édition du championnat national.
Je souhaite que se renouvelle une telle initiative pour élargir le répertoire et inciter les compositeurs français à écrire pour les cuivres.

- L’édition 2006 aura lieu le 19 novembre prochain. Pour celles et ceux qui auraient abusé de la pause estivale, est-il encore temps de s’inscrire, et, si oui, quelle est la marche à suivre ?

Le règlement est disponible auprès de la CMF, sur simple demande à cette adresse :
cmf@cmf-musique.org
En retour, il est adressé au demandeur avec une fiche d’inscription et une fiche de renseignements.
Les inscriptions sont à renvoyer pour le 15 septembre.

- Quel est le programme fixé par la commission cette année, quelles seront les contraintes imposées aux candidats ?

Il y a 5 niveaux, selon le barème CMF. Voici les morceaux imposés :

DIVISIONOEUVREAUTEURÉDITEUR
Honneur Thème & 8 variations on Enigma Edward ELGAR arr. Eric BALL Novello
Excellence Légende orientale Jean-François MICHEL Wood Brass
Première Swiss Folk Goff RICHARDS Obrasso
Deuxième Ancient Monuments Bertrand MOREN Mitropa
Troisième European Folks Bertrand MOREN Music Centre

les contraintes sont évidemment une bonne préparation et une concentration importante le jour J car, si le jury est caché, la salle, elle, est archi-comble !

- Comment le concours va-t-il se dérouler ?

L’ordre de passage est fixé de la troisième division à la division d’honneur.
Le tirage au sort se fait par division, s’il y a au moins deux formations par division.
Les brass bands devront interpréter l’oeuvre imposée, une oeuvre au choix dans la liste CMF et une oeuvre libre.
Chaque orchestre sera environ 1/2 heure sur scène.

- Vous est-il possible de révéler l’identité des membres du jury, qui sont-ils, d’où viennent-ils ? (Je ne vous demanderai pas « Où vont-ils ? », après le concours, cela ne nous regarde pas ! )

Il ne m’est pas possible de révéler l’identité du jury car l’[O.C.A._>art7] participe pour le troisième fois au championnat, et de ce fait, je ne m’occupe pas du recrutement des jurés.
Nous proposons une liste de jurés étrangers et français lors des réunions de la commission et c’est ensuite l’administration de la CMF qui les recrute.

- Y aura-t-il plusieurs prix attribués ?

Il peut y avoir autant de premiers prix qu’il y a de brass bands en lice puisque le résultat est au nombre de points.
Il y a des récompenses sous forme de bons d’achat, d’instruments (que des cuivres !) et de stages offerts par les partenaires du championnat.
Un brass band peut obtenir un premier prix ascendant, dans ce cas il devra concourir dans la division supérieure au concours prochain.
Le meilleur de la catégorie Honneur est sacré Champion Français de l’année et représente la France au concours européen.

- Et des récompenses individuelles ?

Pas par musicien, comme cela se pratique au Royaume Uni, mais pourquoi pas ? Voilà une idée à retenir...

- Pensez-vous que l’automne soit la période la plus favorable à une compétition de ce type ? N’est-il pas risqué de voir des formations légèrement diminuées par le peu de répétitions préalables ?

Le programme de ce concours est diffusé depuis décembre 2005, ce qui fait 11 mois pour préparer le morceau imposé.
Pour le reste, la liste est complétée (mais pas renouvelée) chaque année et le troisième morceau est entièrement libre !
Cela laisse aux formations un nombre non négligeable de répétitions potentielles même si la coupure des vacances d’été est, convenons en, un souci pour tous.
De plus, je pense que la date et le lieu doivent être un rendez vous régulier pour fidéliser les musiciens et le public.

- Un tel événement peut-il permettre aux brass bands français de rivaliser avec la notoriété de leurs voisins anglo-saxons ou d’Europe du nord ?

Difficile de dire si c’est vraiment cet événement qui permettra de ne plus faire sourire à l’étranger quand on dit "Je joue dans un brass band français". C’est, bien sûr, la reconnaissance du Championnat mais aussi et surtout le travail de chaque orchestre et une pédagogie soutenue en faveur de ce type de formation qui nous permettront de progresser.

- Comment conciliez-vous la défense de la pratique musicale « amateur », au sens le plus noble du terme, qui est au coeur même de la pédagogie de la CMF, et la présence dans les rangs des orchestres concurrents de musiciens professionnels ?

De tout temps il y a eu des musiciens professionnels dans les orchestres amateurs, souvent issus de ce milieu, d’ailleurs.
Les professionnels revendiquent de jouer "en amateur", c’est à dire de jouer gracieusement, avec une présence assidue aux répétitions et aux concerts.
Si un professionnel veut intégrer un ensemble dans ces conditions, doit on lui fermer la porte ?
Il y a aussi le fait qu’il y a moins de travail pour les musiciens intermittents, moins de "cachetons" et quand on goûté au brass band...

- La tension liée à toute compétition vous paraît-elle compatible avec le fait que le championnat se déroule en public ?

C’est ici, véritablement, un concours-récital, à l’image d’un concert (d’une demie heure non-stop) avec critique à la clef... Rien de tel pour progresser.

- Croyez-vous que le jury soit sensible, plus ou moins consciemment, aux réactions de la salle ?

Je ne le pense pas, je ne le crois pas et je ne l’espère pas !
les jurés sont des professionnels à qui l’on fait parvenir les partitions quelques semaines avant la compétition.
Ils ont la charge de les étudier et de rechercher dans les interprétations le respect du texte !
Le public peut préférer tel ou tel orchestre, il lui manque la partition pour être objectif.

- À plus ou moins long terme, quelles sont les retombées que vous espérez obtenir ? Avez-vous pour objectif de mieux faire connaître le mouvement brass band à nos compatriotes, à un large public, ou bien de le faire reconnaître par les tenants de l’élite musicale (ou, du moins, qui se considèrent comme tels ...) ?

Tout simplement, la confrontation permet de progresser, de se dépasser, de se faire juger par des jurés compétents.
Si le mouvement, qui maintenant est bien vivant du sud au nord de la France, est reconnu grâce à ce concours, alors nous avons eu raison de l’initier.
Pour convaincre nos élites et les princes qui nous gouvernent, il faut du temps et de la patience. C’est par la qualité du concours, de nos concerts, par le choix des programmes et par la présentation que nous les séduirons, comme un jour ,nous aussi, nous avons été convaincus.

- Qu’est-ce qui vous attache plus particulièrement à ce type de formation et de répertoire ?

Le son d’ensemble, la palette sonore, la brillance et la douceur. Le brass band, c’est une chorale, c’est un orgue, c’est magique !
Le répertoire est immense. Transcriptions, pièces traditionnelles, modernes, marches des concerts, concertos, etc...

- Quelles sont les prochaines initiatives envisagées par la CMF pour soutenir et promouvoir les brass bands français, quels que soient leur ancienneté ou leur niveau ?

J’espère à nouveau proposer un concours de composition et pourquoi pas une compétition qui désignera un Brass Band National Junior.

Merci infiniment de vos réponses précises et sincères. Votre enthousiasme et votre conviction sont très communicatifs. Rendez-vous dans quelques semaines pour l’annonce des résultats et bonne chance à tous les concurrents !