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Noces de cristal pour Philippe Lorthios et le Brass Band Nord Pas de Calais

mercredi 11 juillet 2007 , par La rédactrice en chef  
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Au Nord, c’étaient les corons. Les musiciens, des mineurs de fond. L’orchestre d’harmonie, leur seul horizon. Les mines ont fermé, les gisements se sont épuisés mais le filon musical demeure ! Toutes les villes et les villages de cette région ont leurs harmonies municipales au sein desquelles les membres du brass band Nord Pas-de-Calais (NPDC) ont grandi et appris la musique. Certains, aujourd’hui diplômés des conservatoires régionaux ou nationaux, exercent en tant que professeurs ou directeurs dans différentes écoles de musique. D’autres sont devenus des amateurs éclairés, au sens noble du terme, et travaillent leurs instruments avec passion en dehors de leur activité professionnelle habituelle.

Depuis quinze ans, tous se réunissent sous la baguette de Philippe Lorthios et s’apprêtent à célébrer l’anniversaire de cette histoire d’amour finement ciselée.

Merci à Benoît Meurin, tuba mi-bémol au Brass Band NPDC, d’avoir recueilli les propos d’un chef dont chacun reconnaît l’humanité et la générosité.

Une tradition familiale

Mon père, Marius, était bugle solo de l’harmonie de Harnes au cœur du bassin minier. Aujourd’hui, il va sur ses 80 ans et continue chaque samedi à jouer dans le pupitre des trompettes. Il n’était pas mineur au fond comme son père, mais il a travaillé comme employé des mines. Sur les huit enfants, l’aîné a fait de la guitare en amateur et les trois derniers sont devenus musiciens professionnels. Frédéric, alias Frédo, a choisi le cor, Jean-Louis, alias Loulou, fait du tuba et moi-même du trombone. Aujourd’hui, nous sommes tous les trois réunis au sein du Brass Band NPDC.

Entre trombone et trombone

Quand j’étais jeune, j’ai commencé le solfège à l’école de musique de Harnes. Six mois plus tard, j’ai eu le choix entre le trombone et le trombone ! C’était le seul instrument disponible et il m’a plu. Mon professeur était Monsieur Brunel, trombone solo de l’harmonie municipale, lui-même travailleur des mines. Comme mon père, il ne descendait pas au fond.

Philippe Lorthios, l’autodidacte

Dans le temps, c’est celui qui maniait le mieux la baguette qui montait au pupitre. En ce qui me concerne, il m’a été proposé la direction de l’harmonie municipale de Tourcoing. Je n’ai pas eu de formation de chef, c’est sur le terrain que j’ai appris. Je suis un autodidacte. Après tout, n’est-ce pas en forgeant que l’on devient forgeron ?

Quand j’ai créé l’ensemble de cuivres NPDC, j’en ai pris la direction.

Au départ, c’est un projet fou. En 1992, un ami, conseiller municipal à la mairie des Sables d’Olonne, m’a proposé de monter un ensemble de cuivres pour faire une tournée de trois semaines. J’ai rassemblé les amis et nous y sommes allés. Nous jouions un répertoire d’ensemble de cuivres à la française comme les fanfares liturgiques de Tomasi, les fanfares de Delerue, le célèbre arrangement des tableaux d’une exposition de Moussorgski, et bien d’autres choses. Ça c’est si bien passé que nous avons décidé de continuer.

De l’Ensemble de Cuivres au Brass Band

C’est Jacques Mauger, célèbre tromboniste concertiste international qui nous a demandé pourquoi nous ne passerions pas en formation brass band avec altos et cornets. Nous l’accompagnions alors dans le célèbre concerto de Derek Bourgeois justement écrit pour cette formation. Ensuite, le Brass Band Normandie et son chef, Philippe Gervais, avec qui nous nous sommes toujours bien entendus, ont beaucoup travaillé à la promotion du mouvement brass band en France. C’est grâce à ces pionniers que nous avons découvert cet univers. Néanmoins, le pas a été franchi lorsque nous sommes allés écouter le championnat d’Angleterre au Royal Albert Hall. Nous avons été littéralement envoûtés par ces sonorités typiques du brass band. Dans les six mois qui ont suivi, nous avons acheté les instruments (altos, cornets, tubas mi-bémol et si-bémol) et nous nous sommes lancés dans l’aventure. Il faut reconnaître que tout cela n’a été possible que grâce à un soutien sans faille de la société BESSON qui n’a jamais cessé de nous accompagner dans tous nos projets depuis de nombreuses années.

Nous n’avons jamais regretté le choix du passage en formation brass band. Il nous a apporté que de la satisfaction. Il y a le résultat sonore beaucoup plus homogène ainsi que l’ouverture sur un vaste répertoire.

Le Brass Band NPDC, son histoire, son avenir, ses moments forts

Aujourd’hui, notre brass band est une équipe soudée. Plus que cela, c’est une véritable famille. Une grande partie de la formation actuelle est là depuis le début. Une nouvelle génération nous a rejoints. Ce sont de jeunes passionnés qui ont grandi en venant écouter nos concerts. Mais le Brass Band NPDC, c’est aussi un fleuron artistique régional : plus de 200 concerts, une multitude d’animations scolaires, un CD, des titres : vice-champion de France à Paris (2004 – 2005), champion de France à Amboise (2001 – 2002), champion d’Europe « first Section » à Bruxelles (2002) et bien sûr un public fidèle sans qui nous ne serions plus là aujourd’hui.

Dans toute cette histoire, je retiens évidemment des moments musicaux très forts. Je pense à notre victoire au championnat d’Europe de Bruxelles, mais aussi à certains concerts qui marquent un homme. Nous avons joué à Noyelles-Godault au profit des grévistes s’opposant au plan de licenciement massif lié à la fermeture de l’usine METALEUROP. Derrière la scène, il y avait les banderoles des manifestants et de l’autre coté, une salle comble qui, tout en applaudissant chaleureusement, oubliait pendant deux heures, les difficultés de la vie. Ce soir là, la joie ambiante était d’une rare intensité.

Les anecdotes sont beaucoup trop nombreuses pour être toutes citées. Je me souviens d’un retour de Normandie après un repas bien arrosé dont le maire d’Eu se rappelle certainement ; nous avons fait une farandole dans le bus ! Dans un couloir de 50 cm de large, je vous assure que ce n’est pas facile !!!

Mais ce que je retiens avant tout, ce sont les amitiés très fortes que nous avons tissées entre nous. Cette aventure musicale est une aventure humaine extraordinaire.

Le Championnat National, un sujet épineux

Le Brass Band NPDC ne s’est pas présenté au dernier Championnat National et ne se présentera pas non plus en 2007. Nous sommes dans l’impossibilité de rassembler le Brass Band au complet à cette période de l’année. Les nombreux concerts de la Sainte-Cécile à la fin du mois de novembre sont des temps forts pour les harmonies municipales. Même si nous sommes toujours friands de réussir un tel championnat, le but n’est pas d’être « les meilleurs » mais avant tout d’être « meilleur » après le concours. Or de tels progrès ne sont envisageables que si nous ne remplaçons pas plus d’un ou deux musiciens. C’est vrai pour n’importe quel concours comme pour n’importe quel concert. Il ne me viendrait pas à l’esprit de programmer une manifestation si l’on devait remplacer tout le pupitre de trombones !

Mais le maintien de cette date soulève d’autres questions. Je suis dans la commission brass band de la Confédération Musicale de France (CMF) et malgré mes demandes répétées rien ne change. Je constate de plus en plus de dysfonctionnements dans l’organisation d’un tel championnat comme dans l’accompagnement et le développement du mouvement brass band en France. Je suis très reconnaissant envers la CMF du soutien qu’elle a pu apporter, néanmoins, si les choses continuent ainsi, il faudra envisager la création d’une fédération française des brass bands indépendante.

Entre musique populaire et exigence professionnelle

En dehors de la question « avec ou sans la CMF ? », je suis perplexe face à l’avenir du mouvement brass band en France.. D’une part, je me réjouis de voir les brass bands se multiplier, d’autre part, je m’inquiète d’une certaine institutionnalisation des budgets culturels. Le brass band est rattaché à une image populaire de la musique et ce même si le niveau des concours l’amène de plus en plus à une excellence professionnelle. Les subventions sont de plus en plus accordées exclusivement aux grands organismes culturels déjà établis. Il est de plus en plus difficile d’envisager des démarches artistiques en dehors de ces routes balisées. Cependant je profite de parler de ce sujet pour remercier les Conseils Généraux du Nord et du Pas-de-Calais pour l’aide à la diffusion qu’ils nous accordent. Lorsque le Brass Band joue dans une ville de la région, la moitié du coût du concert est prise en charge par le Conseil Général du département concerné. C’est une question complexe.

Ancrage régional et rayonnement culturel

Nos musiciens viennent des quatre coins de la région. Certains parmi eux créent leur brass band chez eux et nous tentons toujours de leur apporter notre aide dans la mesure du possible. Ainsi le Brass Band des Hauts de Flandres est né dans le dunkerquois. À sa tête, se trouve notre ancien cornettiste solo, Luigi Pacicco. De même, le Brass Band Atout Vent, à Oignies, est dirigé par notre cornettiste soprano, William Houssoy. Nous encourageons également les initiatives des brass bands juniors tels que ceux de Lesquin et Lens.

Nos concerts ont sillonné la région et certainement permis la popularisation de l’image du brass band. Ainsi, ils se multiplient un peu partout comme à Haubourdin, Vervicq, Roncq, Douai…

Avec William Houssoy, nous allons diriger un festival de brass bands. Il aura lieu à Libercourt ainsi que dans la communauté de communes d’Hénin-Carvin du vendredi 30 mai au dimanche 1er juin 2008.

Ce seront trois jours de fête autour du brass band dans un festival parrainé par Gilles Millière, professeur de trombone du CNSMD de Paris. Durant la semaine précédente, de nombreuses animations scolaires permettront aux enfants de découvrir le brass band et les instruments qui le composent. Le vendredi soir, le Brass Band Atout Vent recevra les doubles champions d’Europe en titre, le brass band belge Willebroek, pour un concert commun exceptionnel. Le samedi, ce sera au Brass Band NPDC d’accompagner Gilles Millière en soliste avec une création mondiale pour trombone et brass band. Et le dimanche sera dédié aux 15 ans du Brass Band NPDC qui recevra ses fidèles partenaires depuis de nombreuses années : le Brass Band Normandie et l’Orchestre de Cuivres d’Amiens pour un feu d’artifice musical en apothéose.

Pendant ces trois jours beaucoup d’ensembles de cuivres, batteries fanfares et brass bands juniors régionaux animeront les villes et les quartiers de la communauté d’agglomération. Le but est de pérenniser cette manifestation afin de créer un véritable festival de brass band dans notre région.

Une autre vie

En dehors du Brass Band NPDC, je suis professeur de trombone au conservatoire de Tourcoing, directeur de l’école de musique de Mouvaux et chef de la musique municipale. Nous venons également de monter un quatuor de trombones « quatre à quatre » avec Christian Bogaert, professeur au conservatoire de Lille, Nicolas Lapierre, professeur au conservatoire de Rouen et tromboniste à l’opéra de Rouen et Laurent Queva, professeur au conservatoire de Saint-Omer. Je redécouvre avec bonheur cette formation de musique de chambre et passe beaucoup de temps à travailler mes partitions.

Une « société musicale »

En 2008, nous fêterons les quinze ans du Brass Band NPDC. Si je devais en tirer un enseignement à transmettre aux jeunes générations, ce serait de ne pas perdre de vue l’essentiel : mettre toujours en avant les valeurs humaines véhiculées par ce genre d’aventure, valoriser l’esprit de groupe et la notion de « société musicale ». Attention à ne pas tomber dans le piège de vouloir une qualité d’ensemble professionnel qui négligerait l’essentiel.